Discours de la servitude:La Boétie / G. ZEter, octobre 2006

Lettre ouverte à Ronald Creagh envoyé à indymedia Grenoble le 21/10/06

Par Georges ZEter

 

Ce pamphlet est inspiré, suite à la merveilleuse conférence donnée par Ronald Greagh, hier soir, au non moins merveilleux centre Antigone de Grenoble.

 

Discours de la servitude

 

Pour être esclave

Il faut que quelqu'un

Désire dominer et…

Qu'un autre accepte de servir.

 

Discours de la servitude : Etienne de la Boétie : Editions des milles et une nuits.

 

Imaginez ! Une marmite remplie d'eau froide (un bénitier fera aussi l'affaire) dans laquelle nage tranquillement une grenouille…

Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement… Elle est bientôt tiède… Le batracien trouve cela plutôt agréable et continue à nager… La température continue à grimper… L'eau est maintenant presque chaude… C'est un peu plus que n'apprécie la bête, ça la fatigue un peu, mais… Elle ne s'affole pas pour autant, il fait si bon, Jacuzzi et casera. L'eau est cette fois vraiment chaude, l'Hyménochira commence à trouver cela désagréable, elle s'affaiblie et ne fait rien… La température continue encore - encore… Jusqu'au moment où la « bestiole sauteuse » va tout simplement finir par bouillir et mourir sans jamais avoir fait quelque chose pour s'extraire de cette marmite (bénitier) là.

Imaginez ! Si cette grenouille avait été plongée directement dans de l'eau à + 70°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat et salutaire qui l'aurait éjectée aussitôt de cette marmite (bénitier) infernale...

            Cette expérience démontre que : lorsqu'un changement s'effectue suffisamment lentement, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte… (Il y aurait même un certain plaisir pervers suivis de jouissances infiniment stimulatrices…  (Sigmund n'était-il pas batracien ?)

 

Les « républiques » sycophantes.

            Si nous regardons ce qui se passe dans nos sociétés depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive (réchauffement) à laquelle nous nous habituons. Des tas de choses qui nous auraient horrifiées il y a quelques décennies, ont été peu à peu édulcorées, banalisées et ne nous dérangent que mollement aux tréfonds de nos campings climatisés, de nos miroirs menteurs, de nos journaux affabulateurs, de nos TV's iconoclastes.

La massive propagande des médias bourrent le mou sous le terme insidieux de « citoyenneté » aux cerveaux asservis, qui ne sont plus capables d'aucune réaction viable au nom d'un progrès cousin de « compétitivité », de l'inévitable « mondialisation », de la « santé publique », de « l'insécurité » avec ces meurtres à chaque coin de rue, ces viols à répétition et ces détroussements de sac à main de vieilles dames enchapeautées de morgue et d'ennuis. « Ces misérables voient reluire les trésors du tyran ; ils admirent tout ébahis les éclats de sa magnificence ; alléchés par cette lueur, ils s'approchent sans s'apercevoir qu'ils se jettent dans une flamme qui ne peut manquer de les dévorer ». (La Boétie)

Les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité de la personne humaine, à la beauté et au bonheur de vivre des autres sont perpétrées en toute conscience par les saltimbanques de l'information, par les faiseurs de joug de la désinformation. Alors, s'érodent lentement et inexorablement par la complicité constante des victimes consentantes, ignorantes, démunies, une longue descente horizontale qui permet de se coucher, paisible, tranquille à l'état de bipèdes échaudé et de se rouler guilleret et joyeux dans l'insondable innommé.  

            Le noir tableau annoncé pour l'avenir au lieu de susciter des réactions indignées et des mesures préventives, ne fait que préparer psychologiquement les peuples à accepter des conditions de vie de plus en plus dégradées, voire dramatiques, inhumaines… Et pendant ce temps là, nous recomptons nos sous, étalonnés par le Wall Street Journal ou affidés ; la courbe de l'index fait office de pense bête, alors qu'à chaque instant passé, nous pouvons méditer sur la notion : les hommes qui pensent en rond ont des idées courbes… (Léo Ferré)

Nous recomptons nos sous en toute liberté sans son implication… « A vrai dire, il est inutile de se demander si la liberté est naturelle, puisqu'on ne peut tenir aucun être en servitude sans lui faire du tord : il n'y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l'injustice… » (La Boétie, texte écrit dans les années 1547 -1548)

Alors, si vous n'êtes point batracien béotien ou comme, déjà à moitié cuit, il vous reste du ressort pour lire ce court pamphlet ; ayez le coup de patte salutaire pour vous sortir de cette mane-marmite et recouvrez si j'ose dire la bonne température. S'il en était possible, soyez un optimiste, et devenez un arbre des forêts de Creagh, celui qui de son ombre paisible abrite de ses rameaux la sève-sang du renouveau, celui de NOS ENFANTS !  Sinon, comme aurait dit Pierre Dac, dites vous bien chaque matin entre deux spots TV vantant l'immaculé version Monsieur Propre : J'ai voulu être un chêne, et je ne suis qu'un gland.

 

 

 



23/10/2006
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